Parution :
Avant toute chose : chaque personne a une expérience particulière de la famille, qui constitue souvent un sujet sensible. Dénigrer qui que ce soit sur ce point est simplement ridicule. Chaque vécu est valide, point.
Reste que la famille est le premier élément participant à notre construction en tant qu'individu.
La famille est notre première "norme". On s'attend, inconsciemment, à ce que celles des autres ressemblent plus ou moins à la nôtre.
Et c'est là qu'on doit parler de précarité, c'est-à-dire la capacité à conserver ou retrouver une situation convenable dans un avenir proche.
Trois piliers soutiennent notre vie : travail, foyer, famille.
Il suffit qu'un seul de ces piliers flanche pour que vous tombiez dans la précarité. Un second, et c'est l'extrême-précarité. La galère, la rue, la faim, l'isolement ...
Dans une période ou le travail et le logement sont quasiment toujours précaires, la famille devient le pilier central. Beaucoup de jeunes sont contraints de d'être logés ou de recevoir l'aide financière d'un membre de leur famille pour éviter de sombrer.
Un phénomène si important que certains parlent même de "génération boomerang".
Maintenant (et c'est le propos essentiel ici), j'aimerais que vous imaginiez la situation d'une personne qui n'a pas ou quasiment pas de famille sur laquelle se reposer.
Une personne qui n'a pas l'option d'obtenir la moindre aide matérielle ou financière.
Si vous avez bien suivi, une conclusion devrait vous sauter au visage : ces personnes vivent TOUTE LEUR VIE dans la précarité.
Qu'un seul pépin advienne, et tout s'écroule.
Car oui, la famille n'est pas une norme. C'est un privilège.
Pensez notamment aux nombreux·ses LGBT exclu·e·s de leur famille, et à tous les "enfants de la DDASS" qui ont été placés en foyer ou famille d'accueil dans des conditions déplorables, et abandonnés par l'État à leurs 18 ans, voire bien avant.
Privées de ce soutien essentiel, ces personnes doivent lutter EN PERMANENCE.
D'expérience, je peux vous dire que c'est une réalité extrêmement pesante qui ne vous quitte jamais.
Comme une sensation de vivre au bord d'une falaise qui s'effrite et ne tient que par votre entretien constant. Savoir, toujours, que le moindre relâchement, le moindre tremblement de terre, vous enverra droit dans le précipice.
Il n'y a aucune honte à vivre avec un privilège. Il n'y aucune honte à avoir une famille qui vous soutienne, qu'elle soit large ou non. Personne n'attends que vous vous en sentiez coupable. Personne n'invalide votre vécu.
Avoir une famille ne fait pas de vous un "bourgeois". Être "prolo" n'est pas synonyme de ce type de précarité. C'est un tout autre sujet, donc j’y consacrerai sans doute un jour un autre article.
On attend simplement de toute personne qui vit avec un privilège qu'elle en prenne conscience. Qu'elle réfléchisse au rôle que celui-ci a joué dans sa vie. Qu'elle intègre dans sa pensée ce qu'aurait impliqué d'en être privée.
C'est toujours la même chose quand on parle de privilège.
On voudrait juste que chacun·e sorte un minimum de sa petite expérience étriquée et mette son égo et ses normes de côté.
Que tout le monde cesse de constamment insulter les autres en ignorant leur vécu.